par Gitonga Njeru
Le Kenya s’associe à la Chine pour construire sa première centrale nucléaire et mettre fin à sa pénurie d’électricité

Vue aérienne de la centrale nucléaire de Fuqing, dans la province du Fujian, dans le sud-est de la Chine.
Phillip Kariuki subit des pannes d’électricité à son domicile, à l’est de Nairobi, presque tous les jours. Ces pannes sont causées par la pénurie d’électricité qui affecte le réseau électrique national du Kenya. Le pays produit à peine environ 3 000 MW d’électricité par an, et le réseau n’est accessible qu’à la moitié de la population, selon les statistiques du ministère de l’énergie.
? Pis encore, ma facture d’électricité est en moyenne d’environ 20 dollars par mois, ce qui est cher [au Kenya] ?, a déclaré M. Kariuki, agé de 38 ans, ajoutant qu’il est frustrant pour lui et ses deux jeunes enfants de s’éclairer à la lumière d’une chandelle la nuit. ? J’espère que tous ces problèmes dispara?tront avec l’augmentation de la production d’électricité dans le réseau national. ?
L’impact négatif des pannes de courant ne touche pas seulement les maisons, selon M. Kariuki, mais aussi les entreprises. ? Il n’y a pas si longtemps, j’étais propriétaire d’une entreprise, un cybercafé. Mais j’ai d? cesser mes activités parce que je n’avais plus les moyens de payer les factures d’électricité élevées. Faire un profit était devenu impossible en raison des co?ts d’exploitation liés aux factures d’énergie ?, a expliqué M. Kariuki.
à l’heure actuelle, une société chinoise engagée par le gouvernement kényan est à la recherche d’un site approprié pour la construction d’une centrale nucléaire, ce qui donne de grands espoirs aux Kényans. Selon les estimations du ministère de l’énergie, 1 700 MW d’électricité nucléaire seront ajoutés au réseau national, ce qui représentera jusqu’à 60 % de l’électricité disponible dans le pays et réduira les co?ts d’électricité à long terme.
Une fois le site choisi, la première centrale nucléaire du pays devrait être achevée d’ici à huit ans. La Nuclear Power and Energy Agency (NuPEA), la société d’état kényane créée en vertu de la Loi sur l’énergie de 2019, confirme que trois emplacements appropriés ont été identifiés par la société China National Nuclear Corp. (CNNC). L’entreprise chinoise est également chargée de la construction et de la conception de la centrale nucléaire.
? Je peux vous dire en toute confiance que nous avons sélectionné trois sites où nous espérons construire la première centrale nucléaire du pays ?, a déclaré Collins Juma, directeur général de la NuPEA lors d’une réunion tenue récemment à Nairobi. ? Nous espérons qu’elle sera opérationnelle d’ici 2027. Les co?ts de consultation que nous avons payés à la CNNC s’élèvent à 50 millions de shillings (500 000 dollars), mais nous nous attendons à ce qu’ils augmentent à mesure que nous atteindrons le stade de la construction à une date qui sera annoncée plus tard. La construction d’une centrale nucléaire co?te cher, mais l’effort en vaut la peine. ?
Il a confirmé que les sites potentiels sont situés près de l’océan Indien, du lac Victoria et du lac Turkana, et que le terrain sera acheté dès que le site aura été choisi. Selon M. Juma, 29 scientifiques kényans ont récemment été formés dans des universités russes et chinoises en vue de la préparation du projet nucléaire.
? Nous sommes sérieux. Des études de faisabilité ont été faites sur les sites et je peux confirmer qu’ils sont viables. Cela fait partie de notre programme gouvernemental visant à faire du Kenya un pays industrialisé d’ici 2030 ?, a déclaré M. Juma.
Actuellement, en Afrique, seule l’Afrique du Sud possède deux centrales nucléaires qui fournissent 5 % de sa production totale d’électricité, selon la Banque mondiale. Mais un certain nombre de pays africains ont re?u l’approbation de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour construire des centrales nucléaires. Le Nigeria, le Ghana, la Namibie, le Soudan, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie, l’Algérie et l’égypte devraient lancer la construction de leurs premières centrales nucléaires à différentes dates.
Selon la Banque mondiale, en dépit de nombreux défis, l’économie du Kenya a connu une croissance de 6 % l’an dernier pour atteindre 99 milliards de dollars, ce qui en fait la sixième économie d’Afrique et la 65eéconomie mondiale.

Des pièces du réacteur à eau pressurisée Hualong 1 de la Chine, qui fera partie de la future centrale nucléaire kényane.
? Je sais que le Kenya est confronté à de nombreux défis, tels que les co?ts élevés de l’énergie, mais la bonne nouvelle est que ces co?ts vont baisser. En fait, au cours des huit derniers mois, les co?ts ont diminué de plus de 40 %. Les co?ts du carburant, comme le diesel, sont élevés en raison de la surtaxe imposée au secteur de l’énergie, et avec les nouvelles réductions en place, l’économie cro?tra encore plus ?, a affirmé Naomi Rono, économiste de la Banque mondiale.
Selon Mme Rono, il est grand temps que le Kenya se dote de sa propre centrale nucléaire, ce qui co?terait aux alentours de 9 milliards de dollars. Un projet dispendieux, mais qui en vaut la peine considérant les énormes rendements à long terme, a-t-elle affirmé. En effet, les effets sur la croissance économique vont être visibles dès la mise en service.
De nombreuses études ont démontré que les centrales nucléaires contribuent très peu aux émissions de gaz à effet de serre. ? L’uranium, qui sert à l’enrichissement nucléaire, n’est pas br?lé comme le charbon, il n’y a donc pas d’émissions ?, a expliqué l’économiste de la Banque mondiale.
Mme Rono affirme même que le pays aurait d? passer à l’énergie nucléaire il y a plusieurs années déjà. ? La décision de construire une centrale nucléaire au Kenya aurait d? être prise il y a une vingtaine d’années, mais la décision d’établir un partenariat avec la Chine est une bonne idée ?, a-t-elle affirmé en se basant sur d’autres projets réussis entre le Kenya et la Chine tels que l’amélioration du réseau routier.
Selon l’actuel ministre des Finances par intérim du Kenya, Ukur Yatani, il ne sera pas nécessaire de taxer la population pour financer le projet de centrale nucléaire.
? La taxation ne sera pas une option, car ce serait surcharger une population qui ressent déjà la pression de l’augmentation du co?t de la vie. Je suis certain que nous trouverons d’autres options. Un partenariat avec la Chine est une bonne idée. Nous avons de nombreux défis à relever, mais nous pourrons les surmonter ?, a déclaré M. Yatani.
Il a confirmé que le pays était également prêt à accorder des permis à un certain nombre d’entreprises chinoises pour aider le Kenya à produire davantage d’électricité. Trois entreprises chinoises de biomasse - un type d’énergie renouvelable - se sont déjà installées dans le pays et espèrent produire 1 180 MW d’électricité par an à partir de 2020.
Selon M. Yatani, le Kenya devra améliorer sa production d’énergie, car celle-ci est vitale pour la croissance économique. ? Aucun pays ne peut prospérer sans énergie. Nous devrons formuler une politique énergétique qui nous rendra plus forts en tant que pays ?, a-t-il affirmé.