par Hu Fan
L’industrie spatiale chinoise réalise des percées importantes dans sa conquête de l’espace
Le 25 juillet à exactement 13 h, tous les regards étaient nerveusement fixés sur la rampe du centre de lancement de satellites de Jiuquan, dans la province du Gansu, au nord-ouest de la Chine. Le compte à rebours arrivé à sa fin, les réacteurs se sont allumés, marquant un événement historique : le lancement réussi d’une fusée orbitale par i-Space, une société spatiale privée chinoise basée à Beijing.
La fusée d’i-Space portait deux satellites et d’autres appareils commerciaux et expérimentaux. Bien qu’i-Space ait effectué deux lancements réussis l’année précédente dans le cadre de missions suborbitales, les scientifiques de la société n’étaient pas certains de la réussite de leur première mission orbitale.
Quatre mois avant le lancement de juillet, le centre de lancement de Jiuquan avait été témoin d’un lancement raté. Moins d’une minute après le décollage, One Space, une autre société spatiale privée basée à Beijing, avait perdu le contr?le de la fusée, qui est allée s’écraser avec le satellite qu’elle transportait. Cinq mois auparavant, une autre fusée lancée dans le même centre par LandSpace, également une société spatiale basée à Beijing, a subi un dysfonctionnement au cours de la troisième phase du lancement, l’empêchant d’atteindre son orbite.
i-Space a su éviter ces problèmes. Le commandant en chef du lancement a confirmé le succès 1 088 secondes après la mise à feu. La foule rassemblée au centre de lancement a éclaté en applaudissements et en larmes, célébrant ce moment tant attendu.
Le succès d’i-Space intervient près de 40 ans après le lancement par la Chine de son premier véhicule de lancement en 1980. Il n’est en rien comparable aux capacités spatiales actuelles de la Chine, dont les astronautes ont réalisé des sorties spatiales et les véhicules téléguidés Yutu ont foulé le sol lunaire. Cette capacité a été en grande partie forgée par des entreprises et des instituts appartenant à l’état.
En 2014, les entreprises privées ont été autorisées à développer et à lancer des fusées. Depuis lors, l’industrie spatiale privée de la Chine a connu un développement rapide. à la fin de 2018, sur les 141 sociétés spatiales chinoises, 123 étaient des sociétés privées, dont 57 avaient été créées au cours des trois dernières années, selon un rapport de Future Aerospace, un institut de Beijing spécialisé dans l’industrie spatiale.
? En tant que sociétés spatiales privées, il est remarquable que nous ayons réussi à lancer une fusée en orbite, considérant que nous existons depuis cinq ans seulement ?, Liu Baiqi, fondateur et PDG de Galactic Energy, une société spatiale basée à Beijing, a déclaré à CHINAFRIQUE.
Créée en février dernier, la société en est au stade de la recherche et du développement et n’a pas encore lancé de fusée. Pourtant, elle a déjà collecté plus de 300 millions de yuans (43 millions de dollars) sur le marché des capitaux au cours de ses trois premières phases de collecte de fonds. Cela lui a permis de sous-traiter les principales charges utiles de sa première fusée à être envoyée dans l’espace en 2020.

Lancement de la fusée SQX-1 Y1 de la société chinoise i-Space, le 25 juin.
Depuis que le Conseil des affaires d’état a publié un document en 2014 pour encourager la participation des investissements privés dans la construction d’infrastructures spatiales civiles, y compris la production, le lancement et l’exploitation de satellites, la participation du secteur privé a été réaffirmée par une douzaine de politiques nationales au cours des années suivantes.
? Celles-ci ont été adoptées au moment où nous en avions besoin ?, a expliqué M. Liu. En novembre dernier, le parc scientifique Zhongguancun à Beijing, où de nombreuses sociétés spatiales sont basées, a certifié la société en tant qu’entreprise de haute technologie. Cela lui a donné accès aux fonds financiers du parc et à d’autres formes de soutiens. Selon M. Liu, la disponibilité d’experts dans le domaine aérospatial, héritage du développement de l’industrie spatiale chinoise qui a débuté dans les années 50, a rendu possible le développement rapide des sociétés spatiales privées.
? La fabrication des lanceurs implique une vingtaine de technologies liées à des fonctions différentes, chacune nécessitant des experts dotés d’une riche expérience en R&D dans le domaine spatial ?, a précisé M. Liu, qui a ?uvré dans plusieurs instituts publics par le passé. Avant même de lancer sa société, il avait déjà réussi à mettre sur pied une équipe de plus de 30 experts.
Le secteur spatial est extrêmement complexe, avec des seuils élevés en termes de technologie, de financement, d’expertise et de gestion, auxquels s’ajoute un risque important d’échec. Les entreprises spatiales privées doivent donc faire preuve de plus de prudence à chaque étape du processus.

Liu Baiqi (droite) et un collègue posent avec un drapeau chinois devant un moteur de fusée qu’ils ont con?u.
Heureusement, elles ont un précurseur duquel s’inspirer : SpaceX, une société spatiale privée de premier plan aux états-Unis. Et la première le?on qu’ils ont apprise était de viser haut, mais de se fixer d’abord des objectifs réalisables.
Dans le cas de Galactic Energy, bien que la société ait l’ambition à long terme d’exploiter les ressources spatiales, son objectif actuel est de démarrer avec de petites fusées à usage unique, alimentées par un combustible solide, ce qui est un choix plus s?r. La société a également soigneusement con?u un plan de R&D détaillé pour chaque étape de son développement. M. Liu a indiqué que cela leur permettrait d’éviter les démarches inutiles et de limiter le financement requis à 150 millions de yuans (21 millions de dollars) avant leur premier lancement. Toutefois, cela ne signifie pas que ces sociétés ne font que reproduire ce qui a déjà été fait par d’autres. Elles ajoutent à leurs produits ce qu’elles appellent des innovations pratiques mineures, comme un nouveau type de propulseur ou une amélioration de la consommation de carburant.
? Pour les sociétés spatiales commerciales, en particulier les plus jeunes, l’objectif est de répondre aux besoins du marché avec une technologie relativement mature ?, a expliqué M. Liu.
M. Liu admet qu’il y a manifestement encore un long chemin à parcourir, en particulier comparé à SpaceX. Mais il demeure optimiste, notamment en raison du développement rapide de l’industrie spatiale privée chinoise au cours des dernières années. ? L’industrie spatiale privée de la Chine pourrait acquérir un avantage concurrentiel en termes de co?t et de capacité à exécuter des contrats, ce qui en fera un acteur mondial clé dans un avenir proche ?, a-t-il avancé.
Par ailleurs, M. Liu pense que le succès de SpaceX et le nombre croissant de lancements réussis réalisés par des sociétés privées chinoises ont renforcé la confiance de l’industrie. Bien qu’elles aient investi tardivement ce domaine, ces entreprises ont rapidement grandi, obtenant de fait une compréhension plus claire du marché. Si tout va comme prévu, Galactic Energy effectuera son premier lancement en mars prochain, également au centre de lancement de satellites de Jiuquan.