par Tang Yuankai
Depuis sept décennies, l’industrie cinématographique chinoise ne cesse de cro?tre
Le 29 septembre, le Président chinois Xi Jinping a décerné des médailles nationales et des titres honorifiques à 42 personnes dans le cadre des célébrations entourant le 70eanniversaire de la fondation de la République populaire de Chine (RPC).
Parmi les récipiendaires se trouvait Qin Yi, qui a re?u à cette occasion le titre d’Artiste populaire. à 97 ans, Qin Yi est encore loin de la retraite. L’année dernière, elle a joué une femme inspirante dans Goddesses in the Flames of War, un film du réalisateur Jiang Ping qui raconte l’histoire d’un groupe de femmes chinoises héro?ques qui ont défendu leurs villages contre les envahisseurs pendant la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise (1931-1945). Surnommée la ? vénus orientale ? par certains médias occidentaux en raison de sa grande beauté, Qin Yi continue à émouvoir des générations de spectateurs en jouant des r?les de femmes ordinaires.
Les films patriotiques mettant en avant des récits de courage, de dévouement et de sacrifice en période d’adversité ont inspiré des générations de Chinois et continuent de le faire. Par exemple, Children of Troubled Times, un film de Xu Xingzhi datant de 1935, raconte la transformation d’un intellectuel qui hésite entre défendre son pays et adopter un style de vie occidental. Après la mort d’un ami qui avait rejoint le mouvement de résistance chinois contre l’agression japonaise, il décide enfin de rejoindre lui aussi le mouvement.
Le premier long métrage tourné après la fondation de la RPC est Bridge, réalisé par Wang Bin, dans lequel la classe ouvrière devient pour la première fois le protagoniste d’un film chinois. Pour préparer le film, M. Wang a demandé aux acteurs de trouver parmi le peuple des personnes similaires aux personnages qu’ils allaient jouer, d’apprendre d’eux et de faire l’expérience de leur vie avant le début du tournage. Ce type de méthode est depuis devenu une tradition des films et des artistes chinois.
En 1950, M. Wang coréalise The White-Haired Girl avec Shui Hua. En 1951, le film remporte le Prix spécial du jury lors du 6eFestival international du film de Karlovy Vary, le plus grand festival de cinéma de la défunte Tchécoslovaquie. C’était la première fois qu’un film chinois remportait un prix international après la fondation de la RPC.
En 1949, la Chine comptait 540 millions d’habitants, dont 90 % vivaient dans des zones rurales. La plupart n’avaient jamais vu de film, les quelque 650 cinémas du pays étant principalement situés dans des villes c?tières. Le gouvernement a lancé des efforts afin de faciliter l’accès aux films et des projectionnistes ont été embauchés pour opérer des cinémas mobiles. Au cours des dix années qui ont suivi la fondation de la RPC, le nombre de cinémas ruraux mobiles est passé de zéro à plus de 10 000.
En 1956, le Président Mao Zedong a proposé de renforcer le développement de la culture socialiste. Au cours des deux années qui ont suivi, le nombre de films produits a grimpé en flèche. En tout, 97 longs métrages ont été tournés dans une multitude de genres. En 1957, 1,7 milliard de billets de cinéma ont été vendus.
En décembre 1978, la politique de réforme et d’ouverture a été lancée en Chine, marquant le début d’un changement important qui a redoublé l’enthousiasme des cinéastes.
En 1980, les prix des Cent Fleurs ont été organisés après une pause de 17 ans. Ce sont les prix cinématographiques les plus prestigieux de Chine, avec les prix du Coq d’Or. Les films réalistes ont été particulièrement primés. En 1986, le film Furong Zhen du réalisateur Xie Jin a été récompensé, ce qui lui a valu le prix des Cent Fleurs décerné au meilleur long métrage. C’était la cinquième fois que Xie Jin remportait le prix.
Basé sur un roman du même nom écrit par Gu Hua, le mélodrame raconte la vie et les peines d’une jeune femme qui vit dans la tourmente de la Révolution culturelle, de 1966 à 1976. Le film a rapporté plus de 100 millions de yuans au box-office (29 millions de dollars, au taux de change de l’époque). En tout, entre 500 millions et 1 milliard de billets ont été vendus pour le film, à un prix variant entre 0,1 et 0,2 yuan. Dans les années 1980, le magazine de cinéma Popular Movies avait un tirage de plus de 9 millions d’exemplaires par mois, une autre preuve de l’amour que les Chinois portaient aux films à l’époque. Un nombre croissant de cinéastes chinois ont commencé à remporter des prix dans les festivals internationaux. Farewell My Concubine de Chen Kaige remporte la Palme d’Or au prestigieux Festival de Cannes en 1993. Un an plus tard, le film est sélectionné pour les prix Oscars des Academy Awards en tant que meilleur film étranger.

Une scène de Five Golden Flowers, un film musical de 1959.
En 1994, un système de quotas a été mis en place pour les films étrangers projetés en Chine. Dans ce cadre, 20 films étrangers peuvent être projetés en Chine chaque année, les producteurs étrangers pouvant recevoir 13 % des revenus du box-office. En 2012, ce quota a été porté à 35 films et la part des producteurs étrangers à 25 % des recettes.
Auparavant, la plupart des films importés étaient présentés soit par le biais de programmes d’échange à des fins non commerciales, soit par des sociétés de distribution de films chinois ayant acheté les droits de diffusion. L’arrivée d’un plus grand nombre de films étrangers a galvanisé le cinéma chinois, qui vivait une période morose, en plus de permettre aux cinéastes chinois de se familiariser avec les normes et le modèle opérationnel des films étrangers et de faire face à la concurrence.
En octobre 2002, Zhang Yimou a lancé son drame d’époque Hero, tourné au co?t de 240 millions de yuans (soit 30 millions de dollars, au taux de change de l’époque), 100 fois plus que les investissements d’un film chinois moyen alors. Ce fut un grand succès commercial, générant des recettes dépassant les 100 millions de yuans (12,5 millions de dollars au taux de change de l’époque) en une semaine.
Pendant longtemps, un film générant des recettes de 20 à 30 millions de yuans (2,4 à 3,6 millions de dollars) était considéré comme un succès en Chine. Désormais, il n’est pas rare de voir des films générant plus de 100 millions de yuans (14 millions de dollars). La coopération internationale est également devenue plus fréquente. Un nombre croissant de pays ont conclu des accords de coproduction avec la Chine. Les films coproduits sont traités comme des ?uvres nationales et ne sont donc pas soumis au système de quotas, ce qui aide à générer de meilleurs revenus pour les deux parties. Les producteurs de films chinois ont également commencé à tourner des films à l’étranger grace à la coopération avec des institutions étrangères dans les domaines des capitaux, des acteurs, de la technologie et du marché, élargissant ainsi l’horizon du cinéma chinois.