par Li Xiaoyu

Le film Boonie Bears a participé au renouveau de l’industrie de l’animation chinoise.
Lorsque les spectateurs s’expriment sur les films d’animation chinois, la plupart d’entre eux ne peuvent s’empêcher de tomber dans le cliché : ? Sérieusement, ?a existe ? Ils ne sont pas terribles ! L’animation, c’est pour les enfants… ? Li Xing, un étudiant de 21 ans, était aussi de cet avis. Mais après avoir vu Ne Zha, ses idées re?ues se sont envolées. ? Je ne m’attendais pas à voir un scénario si mature avec des effets visuels étonnants réunis dans un genre passionnant ?, avoue-t-il.
Li Xing n’est pas le seul admirateur du film, comme en témoignent les chiffres du box-o ffice : le jour de sa sortie, le 26 juillet, le film a enregistré des recettes d’un montant de 91,5 millions de dollars. 10 jours après son apparition dans les salles obscures, les recettes du film s’élevaient à 340 millions de dollars, écrasant le précédent record sur le marché chinois de l’animation, détenu depuis trois ans par un film du studio Disney, Zootopia et ses 236 millions de dollars. Selon les prévisions de Maoyan, la principale plateforme de billetterie de cinéma en Chine, les recettes totales du film atteindraient plus de 600 millions de dollars, ce qui en ferait le troisième plus grand succès de l’histoire du cinéma chinois, derrière Wolf Warrior 2 (840 millions de dollars) et The Wandering Earth (690 millions de dollars).
Adapté du classique littéraire L’Investiture des Dieux, le long-métrage s’inspire du mythe chinois de Ne Zha, fils d’une divinité qui s’oppose à sa sombre destinée pour devenir le protecteur héro?que des innocents.
Aux yeux de Dai Bin, directeur adjoint du département de la plateforme de divertissement interactif de Tencent, le succès de Ne Zha n’est pas une question de chance. ? Lorsqu’une industrie atteint une certaine maturité, un produit phénoménal appara?t inévitablement ?, analyse-t-il. Effectivement, c’est l’épanouissement de l’industrie de l’animation chinoise dans son ensemble qui est derrière ce phénomène.
Selon un rapport sur le développement de l’industrie chinoise de l’animation publié fin 2018 par iResearch, groupe d’études et de conseil centré sur le marché chinois, la valeur totale de la production de l’industrie a atteint 153,6 milliards de yuans (15 milliards de dollars) en 2017. Cette croissance est nourrie en grande partie par l’essor de la sous-culture ACGN (Animation, Comic, Games et Novel en anglais), un phénomène né au Japon. D’après les estimations d’iResearch, le nombre d’utilisateurs d’ACGN était de 350 millions en Chine en 2018.
La popularité de la sous-culture ACGN a entra?né un nombre croissant d’investissements dans l’industrie chinoise de l’animation. Dans les deux années qui ont suivi la sortie de Monkey King: Hero Is Back (2015, voir encadré), plusieurs entreprises de production cinématographique comme Beijing Enlight Media et Huayi Brothers Media ont créé leurs propres services d’animation, en vue de chercher des opportunités d’investissement profitables. Des sociétés d’animation à l’instar de Shanghai animation film studio et CCTV Animation n’ont épargné aucun effort pour produire de nouveaux dessins animés. En 2016, le nombre de projets d’investissements a atteint un record de 125, contre 5 en 2010. La confiance croissante des investisseurs et des producteurs a permis en retour à l’industrie de moderniser son système de production.
Monkey King: Hero Is Back et Ne Zha ont un point commun évident : ils reposent sur la culture traditionnelle chinoise. En effet, celle-ci sert de trait d’union entre les films et les spectateurs. Malgré son a priori sur les films d’animation, notre étudiant, Li Xing, a eu envie de voir Ne Zha car l’histoire lui est familière et lui rappelait son enfance. ? J’avais hate de découvrir comment le cinéaste allait revisiter ce mythe ?, développe-t-il.
Le réalisateur Yang Yu, connu sous le nom de Jiaozi, ne l’a pas dé?u. Comparé aux versions précédentes de Ne Zha, où, dans l’interprétation traditionnelle le protagoniste ne peut se défaire de son funeste destin, la version de Jiaozi modernise l’histoire : le héros peut choisir d’être un démon ou un dieu. Comme l’indique Fu Haifang, directeur d’une cha?ne de cinémas au Zhejiang (Zhejiang Star Lights Cinema Chain), ? l’image de Ne Zha dans le film est subversive. Son regard sombre et ses caprices peuvent rappeler aux spectateurs adultes leurs propres enfants. Bien qu’adapté d’un mythe chinois, le film traite de sujets réalistes comme la relation moderne parent-enfant. Grace à cette interprétation originale, tout le monde peut s’identifier ?.

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Selon un rapport sur le
développement de l’industrie chinoise de l’animation publié fin 2018 par iResearch, groupe d’études et de conseil centré sur le marché chinois, la valeur totale de la production de l’industrie a atteint 153,6 milliards de yuans (15 milliards de dollars) en 2017.
La réussite du film n’est pas due au hasard. Selon Jiaozi, il a fallu 5 ans à son équipe pour produire ce film, qui a impliqué 1 600 personnes et 70 entreprises différentes. Le scénario a été adapté à 66 reprises. Il a avoué avoir rencontré des obstacles tous les jours. Il est donc un peu t?t pour lui de parler de l’essor de l’animation chinoise. ? Personne ne parle plus de l’essor des TGV, parce que tout le monde les considère d’ores et déjà comme faisant partie du paysage quotidien. Quand un jour, l’animation chinoise sera per?ue de la sorte, alors nous pourrons parler d’un véritable essor ?, conclut-il. CA