par Derrick Silimina

Des ouvriers en train d’emballer des produits fabriqués en plastique dans l’usine de recyclage Hongsen.
Tous les matins à l’aube, Monica Banda quitte sa maison dans le township de Makeni Villa pour se rendre à la décharge de Chunga, à Lusaka, capitale de la Zambie. Là, elle se joint à plusieurs autres femmes sans emploi qui passent au crible des tas d’ordures pour y trouver des bouteilles en plastique qu’elles revendent par la suite.
Les autorités zambiennes, aux prises avec une quantité croissante de déchets, autorisent ces femmes à collecter des déchets en plastique pour gagner leur vie. Le plastique non seulement détruit l’habitat naturel, il a aussi un effet néfaste sur la santé des humains, car il peut contaminer l’eau potable.
Selon l’organisation américaine Plastic Pollution Coalition, il faut environ 700 ans avant que le plastique ne commence à se décomposer. Pendant tout ce temps, il nuit aux organismes vivants. Par exemple, les animaux peuvent mourir après avoir ingéré du plastique, car celui-ci peut obstruer leur système digestif. Les experts a ffirment qu’une fois jetés dans un milieu naturel, les sacs de plastique peuvent y rester jusqu’à 400 ans sans être décomposés par la lumière du soleil ou les micro-organismes, car ils ne sont pas biodégradables. Pour leur part, Mme Banda et ses camarades voient des trésors là où d’autres ne voient que des ordures.
Grace à Hongsen Investment, une entreprise chinoise qui a récemment établi une usine à Makeni Villa, Mme Banda et ses collègues disposent désormais d’un endroit pour vendre leurs produits. L’usine de Hongsen recycle les bouteilles en plastique pour en faire des produits en plastique, tels que des gobelets, des balais et des seaux, entre autres.
? Mes amis m’ont initiée à la collecte de plastique il y a trois mois. Aujourd’hui, nous fournissons du plastique à Hongsen qui le recycle en produits finis. Je n’avais pas d’argent pour démarrer une entreprise, mais maintenant, je suis en mesure de subvenir aux besoins de ma famille parce que nous recevons un paiement instantané à la livraison de ces matières premières ?, s’est réjouie Mme Banda.
Elle a dit qu’un paquet de plastique vaut environ deux dollars, alors qu’un sac de bouteilles en plastique se vend pour moins d’un dollar. L’usine de Hongsen, qui fait partie du plan de la Zambie visant à attirer des investissements étrangers directs, crée ainsi plusieurs emplois pour les femmes et les jeunes du township de Makeni Villa, où elle est située. De plus, elle participe aussi à la protection écologique.
? Avant l’arrivée de cette entreprise, il y avait beaucoup de déchets ici, comme des bouteilles en plastique, mais maintenant, presque tous ont été éliminés grace au recyclage. Cette entreprise crée des emplois dans notre collectivité et contribue à garder notre environnement propre et sain ?, a déclaré Jackson Mwansa, un jeune homme de Makeni Villa, qui collecte des bouteilles en plastique à temps partiel.
Selon Jackson, beaucoup de jeunes comme lui ont pu démarrer leur propre entreprise en utilisant les fonds provenant de la vente de déchets en plastique. ? J’ai récemment amassé assez d’argent pour acheter de l’équipement et maintenant j’ai ouvert ma propre entreprise de lavage de voitures. Ce travail n’est évidemment pas des plus faciles, mais il faut lutter pour atteindre ses objectifs ?, a souligné Jackson.
L’Agence zambienne de gestion environnementale (ZEMA), un organisme indépendant de réglementation de l’environnement, a récemment proposé d’éliminer progressivement l’utilisation de sacs en plastique dans le pays. Cela est conforme à la responsabilité élargie des producteurs (REP), une pratique mondiale qui impose aux producteurs plusieurs obligations en matière de recyclage.
? Cette approche pousse les fabricants de produits d’emballage à assumer leur responsabilité pour prévenir à la source la production de déchets comme le plastique ?, a expliqué Irene Chipili, responsable des relations publiques chez ZEMA.
L’un des objectifs de la REP est d’inciter les producteurs à modifier leurs produits de manière à les rendre plus respectueux de l’environnement. Il peut s’agir, entre autres, de faciliter la réutilisation et le recyclage des produits.
Yan Qingguo, directeur chez Hongsen, a expliqué à CHINAFRIQUE que l’idée d’installer une usine de recyclage en Zambie est née après que leurs recherches aient révélé qu’il n’y avait aucune entreprise de ce type sur place.

Certains des produits fabriqués à base de plastique recyclé par Hongsen.
Quant à la fa?on dont l’entreprise fabrique des produits en plastique sans hausser la pollution de l’air ou générer des produits chimiques toxiques, Thandiwe Chaaba, agente administrative chez Hongsen, montre le respect de l’entreprise sur les normes et des pratiques environnementales définies par les agences environnementales.
? Hongsen a investi dans des équipements à la fine pointe de la technologie, ce qui signifie que l’entreprise utilise une technologie de pointe qui l’aide à se conformer aux règlements environnementaux. Bien s?r, nous faisons des affaires pour faire de l’argent, mais notre priorité est aussi de contribuer à la durabilité de l’environnement dans lequel nous opérons ?, a-telle a ffirmé. En outre, Mme Chaaba dit que son entreprise crée de la valeur à partir de déchets plastiques, contribuant ainsi à la création d’emplois dans le pays.
Après avoir recueilli les déchets plastiques, ceux-ci sont lavés et broyés en particules, qui sont ensuite transformées par l’usine de fusion en plastique dur ou en particules de polyéthylène, pour être ensuite moulées en produits. Mme Chaaba, qui est également traductrice du mandarin, a souligné que la communauté locale profitait énormément de l’usine de recyclage : non seulement l’usine crée des emplois directs, mais elle assainit également l’environnement.
? Je suis heureuse du fait que beaucoup de gens vivant dans les environs ont amélioré leur vie parce qu’ils ont été capables de trouver du travail dans notre usine ?, a souligné Mme Chaaba.
Pionnière dans l’industrie du recyclage en Zambie, l’entreprise a lancé ses activités avec seulement six employés. Ils sont maintenant plus de 150 travailleurs, en plus des fournisseurs de plastique brut. Bien que la collecte des déchets soit une bonne base pour développer l’entreprenariat communautaire et forme une partie importante de la cha?ne de valeur de la gestion des déchets, l’environnementaliste Robert Chimambo est d’avis que le processus doit être réglementé en ce qui concerne l’accès aux décharges et la sécurité des personnes impliquées.
? Dans le cas des décharges, il faut un cadre réglementaire approprié quant à l’accès au site et la collecte des déchets à recycler pour aider à préserver notre environnement ?, a déclaré M. Chimambo.
Le gouvernement zambien se penche sur les fa?ons de réduire l’impact des déchets plastiques sur l’environnement, telles que l’interdiction des sacs en plastique et des bouteilles jetables et la promotion de sacs et de paniers réutilisables. De plus, il faudra que d’autres sociétés imitent Hongsen et se lancent dans le recyclage des déchets plastiques, selon les experts.
En 2007, le conseil municipal de Lusaka a lancé une campagne baptisée Gardez la Zambie propre, afin d’éduquer les habitants de Lusaka à propos des risques sanitaires posés par les ordures jetées dans les rues. Alors que les autorités s’efforcent de trouver de meilleures méthodes pour gérer les déchets, des entrepreneurs courageux comme Mme Banda continueront à gagner leur vie grace au recyclage du plastique. CA