Retour sur la relation sino-sénégalaise,un modèle basé sur une convergence d'intérêts
En tant que premier pays ouestafricain à signer un document de coopération dans le cadre de l'initiative ? la Ceinture et la Route ?, le Sénégal occupe une place particulière dans les relations sino-africaines. Non seulement la Chine est l'un des plus grands partenaires commerciaux du Sénégal, mais c'est aussi sa plus importante source d'investissement.De fait, en 2016, le Président chinois Xi Jinping et le Président sénégalais Macky Sall ont élevé les relations sino-sénégalaises au niveau d'un partenariat de coopération stratégique global. Plus récemment, le Sénégal a été élu à la coprésidence du Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA) et sera l'h?te de cette plateforme de première importance en 2021.

Le Président sénégalais,Macky Sall, accompagné de son homologue chinois, Xi Jinping, à la cérémonie de remise des clés de l'Arène nationale de Pikine, le 22 juillet 2018.
Pour conna?tre les raisons d'une telle réussite,Aminata Assome Diatta,ministre du Commerce et des Petites et moyennes entreprises du Sénégal, s'est entretenue avecCHINAFRIQUEle 9 mai au sujet des relations bilatérales et des perspectives des échanges commerciaux avec la Chine.Des extraits choisis de l'interview suivent :CHINAFRIQUE : Les relations commerciales entre la Chine et le Sénégal ne cessent de cro?tre. Selon vous, quelle est la clé d'un tel succès ?
Aminata Assome Diatta :La clé de ce succès est surtout due à la volonté des deux chefs d'état. La Chine est devenue un partenaire stratégique pour les pays en développement.Pour un pays comme le Sénégal, qui cherche également à diversi fier ses partenaires, nous ne pouvons pas trouver mieux que la Chine pour assurer notre développement, parce que nous ambitionnons de faire émerger le Sénégal à l'horizon 2035. C'est la raison pour laquelle nous attachons beaucoup d'intérêt à la coopération sino-sénégalaise.Comme vous l'avez remarqué, le Sénégal a été le premier pays à accueillir le Président Xi lors de sa visite d'état en Afrique en 2018, ce qui marque vraiment les relations d'entente parfaite entre le Président chinois et le Président sénégalais. De plus,le Sénégal a maintenant l'honneur d'être à la coprésidence du FCSA, c'est donc dire que nous avons beaucoup d'intérêt à travailler ensemble.
Comme le dit un vieil adage chinois :? C'est à la longueur du voyage que l'on voit la force d'un cheval ?. Compte tenu de nos relations avec la Chine, ce que nous avons pu réaliser en l'espace de quelques années forme la base du succès des relations entre le Sénégal et la Chine.
à l'heure actuelle, quels sont les caractéristiques et les points forts des échanges économiques et commerciaux entre nos deux pays ?
Il faut dire que la Chine est passée du 24epartenaire commercial en 2013 à la deuxième place en 2018. Nous exportons beaucoup en Chine en pro fitant des taux préférentiels - le zéro tarif - qui nous ont permis d'exporter sur le marché chinois environ 97 % de nos exportations d'arachides.
Mais nous exportons surtout des produits primaires qui ne sont pas transformés, alors que nous importons de la Chine des produits transformés. à ce niveau, nous devrions non seulement faciliter nos échanges et nos exportations vers le marché chinois, en diversi fiant les différents produits que nous y exportons, mais également en faisant en sorte que le Sénégal ait quand même certaines préférences sur certains produits qui ont de la valeur ajoutée, mais qui n'entrent pas dans la catégorie du zéro tarif, comme par exemple l'huile d'arachide.
D'un point de vue économique, il faut noter les investissements faits par la Chine au Sénégal pour accompagner le Président Sall à réaliser ses ambitions. Il s'agit notamment de l'Arène nationale de Pikine,l'unité de confection de vêtement C&H Garment et l'autoroute Dakar-Thies, entre autres. En effet, un pays ne peut pas se développer sans disposer d'infrastructure routière, c'est pourquoi nous saluons les investissements chinois qui ont rendu ces projets possibles.
En sa qualité de nouveau coprésident du FCSA, quelles mesures seront prises par le Sénégal pour renforcer la coopération bilatérale entre la Chine et l'Afrique dans les domaines économique et commercial ?
Le FCSA est un modèle pour le renforcement de la coopération Sud-Sud. Parmi les questions principales qui pourraient être abordées dans le cadre de ce forum,l'une des plus importantes est sans doute l'industrialisation de l'Afrique. L'Afrique peut s'appuyer sur la Chine pour réaliser son développement, parce que la Chine est ellemême un pays en développement, même si c'est un très grand pays. En ce sens, elle conna?t beaucoup plus les réalités et les dé fis auxquels les différents pays africains sont confrontés. Donc, nous entendons faire de cette plateforme une coopération gagnant-gagnant pour toutes les parties,autant pour la Chine que l'Afrique.
Le Sénégal, en tant que représentant des pays les moins avancés de la zone Afrique,pourra faire en sorte que les préoccupations de ces pays soient réellement prises en charge dans le cadre de cette coopération, et que ceux-ci puissent compter sur la Chine pour assurer leur développement.
La première Exposition économique et commerciale sino-africaine se tiendra du 27 au 29 juin à Changsha, dans la province du Hunan. Quelles sont vos attentes à l'égard de cet événement ?
C'est moi-même qui dirigerai la délégation sénégalaise à cette occasion, pour laquelle les préparations sont déjà en cours. J'ai d'ailleurs re?u récemment une délégation de la province du Hunan, et nous explorons actuellement les possibilités en termes de coopération avec celle-ci. Notre délégation comportera une forte présence du secteur privé, car c'est le secteur privé qui peut surtout booster nos échanges. Sur place, nous pourrons voir quelles sont les machines qui pourraient nous intéresser pour réaliser la transformation structurelle de l'économie sénégalaise.
En tant que pays en développement,nous souhaitons nous inspirer de ce qui se fait là-bas, mais également voir ce que l'on peut faire en termes de transfert de technologie. Nous sommes conscients que les produits que nous souhaitons exporter sur le marché chinois rencontrent certains problèmes. Par exemple, en ce qui concerne les exportations de mangue,nous avons noté qu'une difficulté majeure est la longueur du trajet, qui pourrait nuire à la qualité du produit une fois arrivé sur place. Donc, nous avons discuté de la nécessité pour des entreprises chinoises de venir investir dans les zones productrices de mangues pour transformer la mangue sur place.

Quelle est votre vision des perspectives des relations économiques et commerciales entre le Sénégal et la Chine ?
Nous voulons d'abord une coopération gagnante pour les deux parties. Aujourd'hui,nous importons beaucoup plus de la Chine que nous y exportons, aussi bien en valeur qu'en produits. En effet, la Chine nous vend une gamme de produits très diversifiés,alors que l'accès au marché chinois par le Sénégal est assez réduit, parce que les produits qui entrent dans la catégorie du tarif zéro sont assez limités. Nous avons besoin aujourd'hui que la Chine essaie de voir dans quelle mesure elle peut autoriser l'accès à son marché à 100 % à des produits africains. Ainsi, le Sénégal pourra s'y retrouver dans ce contexte, ce qui va nous permettre d'accélérer notre développement économique.
Mais si la Chine ne permet l'accès qu'à des produits primaires, elle risque de contraindre les pays qui souhaitent accéder à son marché à uniquement exporter des produits agricoles, qui n'ont pas véritablement de valeur ajoutée. Or, la préoccupation fondamentale des pays africains est la création d'emplois, et la création d'emplois n'est possible que s'il y a un minimum de transformation. Je crois que si nous allons dans cette direction, nous pourrons réellement voir une coopération gagnante pour les deux parties. CA